Carnet de route

De El Calafate à Cochrane : nos débuts sur la Carretera Austral

Un glacier, sur la Carretera Austral

Cette troisième étape de notre voyage est radicalement différente de ce que nous avons pu faire jusqu’ici. Pour nous, c’est la fin du vent et le début de la Carretera Austral, cette route chilienne qui désenclave les régions du sud. Les paysages sont magnifiques, à la hauteur de ce que nous espérions. Le soleil et la chaleur sont de la partie : ça commence à ressembler à des vacances ! L’arrivée sur la Carretera Austral a été une aventure en soi et nous roulons maintenant au milieu des montagnes, entourés de glaciers.

Au programme : la fin du vent, le mont Fitz Roy, une traversée de frontière épique, des glaciers, des cascades et du vélo …


L’étape en bref

Les chiffres de l’étape

Distance570 km // Total = 1 381 km
Durée15 jours, dont 11 jours de vélo
Crevaisons / Casses0 🙂
Nuits6 nuits en camping
6 nuits en bivouac
3 nuits en cabane abandonnée/autre lieu couvert

Le trajet

Nos coups de cœur

♥ Le mont Fitz Roy, surplombant la ville d’El Chalten
♥ Le passage de frontière entre El Chalten et Villa O’Higgins
♥ La Carretera Austral


Nos aventures en détail

1. D’El Calafate à El Chalten : nos derniers kilomètres de vent patagonien ?

Entre El Calafate et El Chalten, il y a 215 km. Nos derniers 215 kilomètres de vent d’après tous les cyclistes que nous croisons dans l’autre sens ! Vu l’état dans lequel nous sommes arrivés à El Calafate (désespérés que le vent s’arrête au jour), nous étudions sérieusement la possibilité de faire le trajet en bus. Nous n’avons pas du tout envie de rouler contre le vent une nouvelle fois.

Finalement, après 2 jours de repos à El Calafate, nous décidons de tenter de faire le trajet en vélo. Et éventuellement de finir en stop, mais nous n’avons pas envie de prendre le bus. Nous partons donc, pour 215 km, et nous pensons arriver à Chalten en 4 jours.

Pour notre première journée, nous effectuons 53 km, dont 32 km avec du vent dans le dos et 22 km avec du vent de travers. Nous longeons le Lago Argentino, avec les montagnes en fond, c’est très beau ! Nous bivouaquons le soir au bord d’une rivière et essayons de nous lever assez tôt le lendemain pour rouler avant que le vent ne soit trop fort.

Après 18 km, le vent devient vraiment très fort, nous n’arrivons plus à rouler et essayons de faire du stop. Mais en vain … Il n’y a aucun pick-up dans notre sens, seulement dans l’autre direction ! Nous prenons notre mal en patience, remontons en selle, et continuons la route.
Le vent est plus ou moins fort selon les portions de route, nous arrivons à avancer. A 15h, il devient vraiment impossible de rouler, nous poussons les vélos pendant 2h !

Pauline, sur la route, en quittant El Calafate, Patagonie argentine
Il y a du vent en Patagonie ?
Des guanacos, cousins du lama, en quittant El Calafate, Patagonie argentine

Nous pensons dormir à La Leona, où il est apparemment possible de camper. Arrivés là-bas à 17h, nous demandons s’il est possible de planter la tente, le propriétaire nous dit que oui, en échange de 400 pesos (soit environ 20€) : c’est plus cher qu’en ville, aussi cher qu’en France, alors qu’ici il n’y a rien ! Nous réfléchissons puis décidons de retenter le stop ou d’avancer un peu pour trouver un endroit calme où bivouaquer.

A 18h, nous nous rendons compte qu’il y a beaucoup moins de vent ! Nous retrouvons le moral et décidons de rouler un maximum tant que le vent s’est calmé. Il nous reste 110 km avant El Chalten, et nous ne voulons pas les faire contre le vent !

Finalement, nous roulons jusqu’à minuit, jusqu’à une cabane abandonnée repérée sur IOverlander (l’appli dont on vous parlait dans les astuces de notre article précédent). Nous décidons de ne dormir que 3h dans la cabane et de reprendre la route à 4h du matin pour réaliser les 55 derniers kilomètres avant 9h du matin, et donc arriver à El Chalten sans vent.

Durant notre court sommeil, il se met à pleuvoir … Et la pluie inonde la moitié de notre abri ! La nuit sera donc un peu plus courte et moins reposante que prévue … A 4h du matin, nous sommes sur la route, sous la pluie et nous roulons en direction d’El Chalten. Le jour ne se lèvera qu’à 6h mais comme il pleut toujours, nous ne profitons pas de la belle vue que devait nous réserver cette arrivée.

Nous arrivons à El Chalten à 8h30, complètement rincés par la pluie et épuisés de l’étape que nous venons de faire. Nous avons parcouru 160 km en 24h. Après un petit déjeuner bien au chaud dans une boulangerie, nous installons notre campement à la Casa de ciclista. Nous dormons tout l’après-midi !

Vue du mont Fitz Roy, à El Chalten

El Chalten est réputée pour ses nombreuses randonnées et sa proximité avec le Fitz Roy, célèbre sommet de la Patagonie argentine. Nous en profitons donc pour randonner un peu avant de partir pour une toute autre aventure : le passage épineux pour rejoindre la Carretera Austral au Chili.

2. Rejoindre la Carretera Austral depuis El Chalten

La Carretera Austral est l’une de routes qui nous a fait le plus rêver, l’une de celles qui nous ont fait monter en selle. Cette route de 1200 km au Chili, relie Villa O’Higgins (au sud) à Puerto Montt (au nord). Elle traverse une région peu densément peuplée au milieu des montagnes et des glaciers.

Pour commencer notre remontée de la Carretera Austral, nous devons rejoindre Villa O’Higgins. Depuis l’Argentine, le passage entre El Chalten et Villa O’Higgins se fait en 4 étapes, par une frontière réservée aux piétons (et aux cyclistes motivés):

1. 37 km de piste pour relier El Chalten à la rive sud du Lago Del Desierto
2. Traversée en bateau du Lago Del Desierto
3. Passage de la frontière piétonne Argentine/Chili : 22 km dont 6 km de sentier de randonnée dit « difficile » et 16 km de piste
4. Traversée en bateau du Lago O’Higgings, jusqu’à Villa O’Higgins (losque la météo permet au bateau de naviguer…)

Cette traversée n’est pas facile, d’une part car elle n’est pas vraiment adaptée aux vélos et d’autre part car le bateau qui doit traverser le second lac est souvent bloqué à l’embarcadère à cause du mauvais temps. Dans ce cas, il est possible d’attendre le bateau pendant plusieurs jours, voire une semaine. L’attente du bateau et la traversée de cette frontière était le principal sujet de conversation avec les cyclistes que nous avons croisés plus au sud. Certains ont attendus 9 jours ! Nous espérons que nous aurons plus de chance …

Le mont Fitz Roy, à El Chalten, Patagonie argentine
Bivouac au bord du Lago del Desierto, avant d'attaquer le passage de frontière épique

Nous nous embarquons donc sur les 37 km de piste pour rejoindre la rive sud du Lago Del Desierto. De là, nous prenons le bateau pour remonter jusqu’à la rive nord du lac. C’est ici que ce trouve le poste frontière pour sortir d’Argentine et que commence une véritable aventure !

Après un bivouac idyllique au bord du lac avec vue sur le Fitz Roy, nous attaquons le passage de frontière : nous devons monter à travers la forêt pendant 6 km, puis redescendre par une piste pendant 16 km avant de trouver le poste frontière chilien, sur la rive sud du Lago O’Higgins.

Pour parcourir les 6 premiers kilomètres, il nous a fallu 6h ! En effet, ces 6 kilomètres se font sur un chemin de randonnée escarpé. Nous devons donc pousser les vélos, voire enlever les sacoches si le chemin est vraiment trop étroit. Dans ce cas, nous devons donc emmener les sacoches, revenir, puis pousser les vélos : ce qui nous fait faire le trajet 3 fois ! Il y a aussi des petits cours d’eau, à passer sur des ponts très précaires. Bref, on a beaucoup plus utilisé nos bras sur cette partie que nos jambes !

Simon qui pousse le vélo, au passage de frontière El Chalten-Villa O'Higgins, avant d'arriver sur la Carretera Austral
Pauline au passage de frontière El Chalten-Villa O'Higgins, avant d'arriver sur la Carretera Austral
Simon qui porte les sacoches, au passage de frontière El Chalten-Villa O'Higgins, avant d'arriver sur la Carretera Austral

Arrivés en haut, nous pouvons remonter en selle et descendre vers le Lago O’Higgins pendant 16 km. Les point de vue sont splendides : nous apercevons encore une dernière fois le Fitz Roy au loin derrière, puis devant, ce sont les eaux turquoise du lac qui s’offrent à nous ! Que du bonheur !

Nous passons le poste frontière chilien et en profitons pour demander des informations sur les bateaux qui traversent le lac. Le temps est stable et les bateaux peuvent naviguer. Nous avons de la chance car nous pourrons repartir dès le lendemain à 10h ! Surtout qu’ici, à part le poste frontière, l’embarcadère et une estancia qui fait office de camping rustique, il n’y a rien : l’attente aurait été très longue …

Après 2h de navigation sur le Lago O’Higgins, nous arrivons à Villa O’Higgins, petit village de 500 habitants, qui clôture donc la Carretera Austral au sud, et qui marque le début de notre périple sur cette route mythique.

Bienvenue au Chili :)
L'arrivée sur la Carretera Austral : Simon face au lac O'Higgins
L'arrivée sur la Carretera Austral : Pauline face au lac O'Higgins
On a réussi le passage de frontière ! On quitte l'Argentine !

3. De Villa O’Higgins à Cochrane, nos premiers kilomètres sur la Carretera Austral

A Villa O’Higgins, nous nous arrêtons au camping El Mosco et nous en profitons pour faire une grande lessive. Le lendemain, nous ne partons que vers 13h, car il ne fait pas très chaud et le poêle de la salle commune du camping était bien agréable 😉
Nous prévoyons de faire une petite première étape (32 km), car il y a une cabane sur la route dans laquelle nous pouvons dormir. Ces premiers kilomètres de Carretera Austral sont très agréables. On croirait vraiment faire une promenade du dimanche : le chemin est ombragé, il n’y a pas de vent, il y a des petits ruisseaux partout, … Bref, rien à voir avec ce que nous avons vu jusqu’ici !

Pauline et les montagnes, sur la Carretera Austral

Nous nous arrêtons donc dans ladite cabane. Celle-ci est au bord de la route, à l’entrée d’une estancia. Peu de temps après notre arrivée, le propriétaire de l’estancia, Jorge, arrive et nous allume un feu dans le poêle de la cabane ! C’est royal 😊 Nous sommes vite rejoint par Charles, un Québécois qui voyage en vélo depuis le Québec. Il a plein d’histoires à raconter et nous passons une bonne soirée au coin du feu.

Le lendemain, nous devons rejoindre Rio Bravo pour prendre un ferry qui traverse le fjord Mitchell jusqu’à Puerto Yungay. La piste ne fait que monter et descendre et les pentes sont très raides : comme le revêtement (ripio) n’est pas nécessairement bon et que nous vélos sont très lourds (40-50 kg), nous nous retrouvons souvent à pousser les vélos dans les côtes. Nous passons donc une journée à ne presque pas pédaler : nous poussons dans les montées et nous nous laissons glisser dans les descentes 😉

Un panneau de direction, sur la Carretera Austral
Le vélo de Simon au bord d'un lac, sur la Carretera Austral
Une cascade comme nous en croisons tous les jours, sur la Carretera Austral

Les paysages que nous offre la Carretera Austral sont somptueux. A chaque virage, nous apercevons un glacier, un sommet enneigé, une cascade, un torrent, … Et comme il y a de l’eau partout, nous pouvons remplir nos gourdes régulièrement, directement à la source ! Plus besoin de transporter des litres d’eau comme en Terre de Feu.

Nous faisons un détour de 46 km pour aller voir le village pittoresque de Tortel. C’est un village de bûcherons, construit à flanc de colline, et qui n’est desservi que par un ensemble de passerelles et d’escaliers en bois. La piste que nous prenons pour y accéder n’est ouverte que depuis 2003 ! Auparavant, le seul accès au village était maritime.

Le village de Tortel, construit uniquement sur des passerelles, sur la Carretera Austral
Le ferry de Puerto Yungay, sur la Carretera Austral, au Chili
Le genre de mauvais ripio que nous rencontrons sur la Carretera Autral

Depuis le début de la Carretera Austral, nous roulons sur du ripio : ce revêtement n’est pas toujours très stable et la route n’est pas très large, ce qui ne facilite pas le dépassement par les voitures. De plus, le ripio a souvent un effet « tôle ondulée » qui nous fait rebondir à chaque coup de pédale. Heureusement que nous avons de bonnes selles !

Sur les conseils de Charles, le québécois rencontré quelques jours auparavant, nous prévoyons un arrêt goûter dans une petite ferme, 50 km avant Cochrane. L’endroit est réputé parmi les cyclistes. En effet, le couple qui vit dans la ferme sert du café accompagné de pains et de confitures maisons pour un prix défiant toute concurrence. Nous nous asseyons donc à la table de la cuisine et nous nous remplissons l’estomac de produits faits maison. Rien de mieux avant d’attaquer une côte de 6 km !

Coucher de soleil sur un petit lac, lieu de notre bivouac du soir, sur la Carretera Austral

Nous arrivons le lendemain à Cochrane, ville de 2000 habitants et nous nous installons au camping. Nous y restons 2 nuits, pour refaire le plein de provisions et prendre une vraie bonne douche bien méritée !

Pour la suite, nous allons continuer sur la Carretera Austral. Nous espérons que le temps sera toujours au beau fixe et que les paysages seront toujours aussi beaux ! A très vite 😊

Pauline qui roule face au glacier, sur la Carretera Austral

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12 Commentaires

  • Répondre
    Aude&Ben
    18 février 2018 le 16 h 22 min

    Belles photos et chouettes paysages!!!
    Profitez bien!!

  • Répondre
    Béthi & Pierre
    18 février 2018 le 17 h 54 min

    Toujours aussi sympa vos articles !
    Profitez bien !
    Vivement les prochaines aventures !

  • Répondre
    Françoise et Joel
    18 février 2018 le 20 h 22 min

    Merci à vous pour ces moments partagés
    Bon courage à vous
    Carpediem 😉

  • Répondre
    Gallen Chloé
    18 février 2018 le 21 h 46 min

    Les amis, félicitations à tous deux comme à vos vélos, face à ces nouvelles embûches, episodes venteux, pluvieux, et territoires-reliefs souvent hostiles 😉
    Magnifiques récits et photographies …. Quel périple… Ça coupe le souffle.
    Et quel courage! Je vous envoie plein de grandes bises et pensées, mêlees à la joie de vous lire, en suivant chacune de vos étapes! Merci pour vos aventures .

    À bientôt!
    Chloé

  • Répondre
    Ludo
    19 février 2018 le 17 h 33 min

    Whaouu changement radical de paysage ! C’est trop beau.
    J’adore votre bivouac au bord du lac 🙂
    Bonne continuation

  • Répondre
    Pascal&Odile
    21 février 2018 le 7 h 56 min

    Comme c’est beau ces paysages,! L’eau couleur mer du sud, les sentiers …vous vivez une formidable aventure.Merci de nous amenez un peu avec vous sur le porte bagages 🤗. Milliards de bisous et au prochain épisode

  • Répondre
    Philou et Mathildou
    21 février 2018 le 13 h 56 min

    Mes chers amis, vous me faites tout simplement rêver ! J’ai l’impression de lire un roman passionnant avec pleins de rebondissements. Continuez comme ça, on vous envoie tout le courage possible.
    Gros poutous à tous les deux.

    • Répondre
      Pauline & Simon
      26 février 2018 le 18 h 26 min

      Merci les copains ! On espère que tout va bien en Suisse. Bisous 😘

  • Répondre
    Pierre-Antoine
    23 février 2018 le 15 h 51 min

    Salut les pédaleurs !

    Vous nous donnez vraiment envie de partir, en espérant vous croiser au Pérou ! De notre côté ça avance, billets pris, vélos aussi !

    Bon courage !!!

    • Répondre
      Pauline & Simon
      26 février 2018 le 18 h 28 min

      Génial !! Tout le monde nous dit que le Pérou est vraiment top en vélo, vous allez vous regaler et on a hâte d’y être aussi 😊

  • Répondre
    Marie Gln
    26 février 2018 le 12 h 24 min

    C’est vraiment chouette de vous suivre (le vent en moins !). On voyage aussi ! Bon courage pour la suite.

  • Répondre
    Emmanuelle
    6 mars 2018 le 15 h 19 min

    Je veux encore des photos et des récits ! Ca me rappelle pleins de bons souvenirs… A bientôt. Emmanuelle

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